Carpe diem

 

Ex Nihilo Nihil was first called ‘Eclosion’, in reference to blooming flowers and dreams. The flowers ended up being carnivorous traps and the dreams never came true. That’s how the painting got its new name, an extra layer of paint and more (red) flowers – that haven’t been carnivorous traps yet, thankfully.

 

Ex Nihilo Nihil

 

(Switching to French now because, in the frame of this painting, it all happened in French-speaking contexts.)

 

‘Ex nihilo nihil’, ‘Rien [ne vient] de rien’, est un aphorisme, résumant la philosophie de Lucrèce et d’Épicure pour certains, tiré d’un vers de Perse (Satires, III, 84), qui commence par De nihilo nihil. Rien ne vient de rien, c’est-à-dire Rien n’a été tiré de rien. Rien n’a été créé, mais tout ce qui existe existait déjà en quelque manière de toute éternité.

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est un vieux dictionnaire Larousse aux pages jaunies.

Edith Piaf lisait peut-être beaucoup le Larousse mais ce qui est sûr, c’est qu’à l’école, un poème nous a averti des illusions des éclosions et des dangers de laisser passer les rêves sans les cueillir:

Mignonne, allons voir si la rose

À CASSANDRE
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée,
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.
Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ! ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vôtre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
Ronsard (1524, Vendômois)
Odes, I,17

Mais, d’aussi loin que je me souvienne, personne ne m’a clairement avertie du danger de laisser d’autres décider de ses rêves, à la ‘comme tu veux’, ou de celui de perdre les moyens de rêver parce que rêver est exclu face à certaines réalités et qu’il n’est pas ou plus souhaitable de se donner les moyens de rêver. Face à l’impossible, c’est exclu, on ne rêve pas, on ne rêve plus de certaines choses devenues de facto impossibles, et dans le tableau, une vague – coup de poing. Ceci dit, il se peut que j’ai oublié et que je n’ai pas écouté à temps.

Ronsard a conseillé de cueillir, d’autres ont exprimé ce qu’il advient du désir à l’heure d’être là quand il s’agit de faire ce qui est dit, mais il est difficile aussi de dire ce que l’amour peut faire et faire faire.

‘Le désir ne tient jamais ses promesses.’ (Schopenhauer)

L’amour, oui.

Entre vivre ses rêves et cueillir le jour, il me semble qu’il y a la gratitude et l’interdépendance. Si un tableau existe, si la toile existe, si la peinture existe, si les pinceaux existent, si le/la peintre existe, si l’écran existe, si l’autre existe, ce n’est pas tout(e) seul(e), de rien, un rien venant de rien, et ce tout est sans doute plus que le fruit du désir.